Le premier cercle n'est pas un lieu de torture. C'est pire. C'est un lieu de presque. Les âmes ici ne souffrent pas de flammes — elles souffrent d'espoir déçu. Elles travaillent. Elles se lèvent chaque matin. Elles prennent le bus. Elles pointent. Et à la fin du mois elles n'ont pas assez pour le loyer.
Virgile me dit :
« Regarde-les bien. Ils sont BIM — Bénéficiaires de l'Intervention Majorée — malgré leur emploi. Ils ont un contrat. Ils paient des impôts. Et pourtant le système les classe parmi les vulnérables. Le flexi-job à 0% de cotisations sociales a détruit le plancher sous leurs pieds. Ils marchent sur du vide et ne le savent pas encore. »Dans les Limbes de Dante, il y avait Homère, Aristote, Platon — des âmes nobles privées de paradis par un accident de naissance. Ici il y a des caissières, des livreurs, des aides-soignantes, des intérimaires — des âmes nobles privées de dignité par un accident de politique.
Le vent souffle ici sans repos, emportant les âmes dans un tourbillon éternel de repassages de documentaires, de séquences montées à charge, de chiffres inventés et de témoignages tronqués. C'est le cercle de la luxure médiatique — le plaisir coupable de regarder les pauvres souffrir depuis son canapé.
RTL a forgé cette tempête. Christophe Deborsu à Verviers, filmant les allocataires de la rue de Dison comme on film un safari. Gaëlle Denys, présidente du CPAS, interviewée une heure — 30 secondes au montage. Ratio 120:1. Laetitia, présentée comme profiteuse, qui dit à la presse : « L'image qu'ils ont donnée de moi est fausse. » L'IWEPS cité comme source — l'IWEPS dément.
« Le fact-checking aurait coûté 2.200 euros. Le salaire mensuel d'un vérificateur. RTL a préféré économiser. Et 410.860 personnes ont avalé le mensonge comme une hostie cathodique, sans savoir que la transsubstantiation ne marchait que dans un sens : le pain restait du pain, mais les pauvres devenaient des coupables. »Une pluie froide et sale tombe sans fin sur ce cercle. Les âmes sont couchées dans la boue, rongées par Cerbère — un chien à trois têtes qui s'appelle ici Limitation, Dégressivité, Exclusion. Chaque tête mord une catégorie différente de chômeur : les cohabitants d'abord, puis les isolés, puis tout le monde.
La coalition Arizona a décrété que le chômage durerait 24 mois. Après quoi : le CPAS. Sauf que le CPAS n'a pas le budget. Sauf que le CPAS est communal et que les communes pauvres sont déjà exsangues. Sauf que le bonus-malus punit les communes qui accueillent le plus de pauvres pour avoir le malheur d'accueillir des pauvres.
« Le péché de gourmandise, ici, est inversé. Ce ne sont pas les damnés qui ont trop mangé — c'est le système qui trouve qu'ils mangent trop. Le montant d'un chômage au taux cohabitant après 12 mois : 714 euros par mois. Le prix d'un studio à Bruxelles : 750 euros. La différence, c'est un trou dans le sol du troisième cercle. »Deux cortèges se heurtent éternellement dans ce cercle : ceux qui thésaurisent et ceux qui dilapident. Dans la version belge, c'est plus simple — il n'y a qu'un seul cortège : celui du gouvernement qui a supprimé 2,8 milliards d'euros d'enveloppe bien-être d'un trait de plume coalitionnaire.
Ces 2,8 milliards servaient à revaloriser les allocations les plus basses au-dessus du seuil de pauvreté. C'était un mécanisme automatique, un filet tendu sous le fil, un coussin pour les chutes. Supprimé. Pour « l'effort budgétaire ». Pour l'austérité. Pour que le déficit baisse de 2,8 milliards et que la pauvreté augmente d'autant — vases communicants de l'enfer comptable.
« Le malus pension est ici aussi, dans ce cercle. Les années de maladie ne comptent plus pour la condition de carrière de 35 ans. Un malade de longue durée voit sa pension amputée pour avoir eu le mauvais goût de tomber malade. L'avarice du système est totale : il économise sur les vivants et sur les futurs retraités simultanément. »Le Styx. Le marais de la colère. À la surface, les colériques se battent — les syndicats contre le gouvernement, les mutuelles contre l'INAMI, les médecins-conseils contre les patients. Sous l'eau, les acédiques — ceux qui ont cessé de se battre, ceux qui ont renoncé à leurs droits par honte, le non-recours massif estimé entre 20% et 50% des éligibles.
Les malades de courte durée sont convoqués au 4e mois. Puis au 7e. Puis au 11e. Une malade témoigne : « J'ai été réellement choquée par les propos du médecin de la mutuelle. Elle m'a dit que son job était de me remettre au travail. Quand je suis sortie, je pense que je devais aller encore plus mal. » Solidaris confirme : « Générer du stress à caractère obligatoire ne peut qu'aggraver la santé des personnes concernées. »
« L'acédie est le péché le plus cruel de ce cercle. Ce n'est pas la paresse — c'est l'abandon. L'abandon de soi par soi-même, induit par un système qui vous répète que votre maladie est suspecte jusqu'à ce que vous finissiez par vous croire coupable d'être malade. Les noyés du Styx ne crient pas. Ils font des bulles. Personne ne les voit. »Les hérétiques brûlent dans des tombeaux ouverts. Dante y a mis les épicuriens — ceux qui niaient l'immortalité de l'âme. La version belge y met les associations d'Éducation Permanente — celles qui croyaient que « l'analyse critique de la société, la stimulation d'initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active » étaient des missions légitimes.
Le moratoire FWB 2026-2028 a gelé 270 organisations. Plus de reconnaissance possible. Plus de financement. La loi Quintin propose de dissoudre les ASBL sans passer par un juge. Les tombeaux sont ouverts mais les flammes sont administratives — lettres de gel, arrêtés de non-renouvellement, décrets-programmes votés à la hâte le 17 décembre 2025. 2.300 emplois en sursis.
« L'hérésie en Belgique en 2026, c'est croire que les citoyens ont le droit de s'organiser pour critiquer le pouvoir. Le Conseil d'État a rendu 50 pages d'objections sur la loi Quintin. Trois recours constitutionnels sont pendants — rôles 8629, 8630, 8632. Mais les tombeaux sont déjà ouverts et les flammes montent. »Le septième cercle est divisé en trois girons. Violence contre autrui, violence contre soi-même, violence contre Dieu. En Belgique ces trois girons fusionnent dans le traitement des malades de longue durée.
Violence contre autrui : le système qui convoque, contrôle, sanctionne. 218.000 dossiers à réexaminer d'ici 2029. Prévision officielle : 17% de « sorties ». Traduction : 37.000 personnes déclarées aptes par décret. Les médecins-conseils eux-mêmes subissent des « menaces verbales et physiques » — victimes et bourreaux brûlent dans le même fleuve de sang.
Violence contre soi : +19% de symptômes dépressifs chez les publics stigmatisés. 36,9% des invalides en troubles psychosociaux. 66,4% en dépression ou burn-out. Le système qui « active » les malades active leur maladie. La FGTB l'a dit : « Les mesures ne feront qu'augmenter le nombre de malades de longue durée. »
Violence contre l'ordre naturel : les périodes de maladie ne comptent plus pour la pension. Tomber malade efface votre passé de travailleur. Le malus pension : la violence ultime, celle qui punit dans l'avenir un présent qu'on n'a pas choisi.
L'ironie infernale atteint ici son sommet. Le huitième cercle punit les fraudeurs. Mais pas ceux qu'on croit. Pas les allocataires. Pas les chômeurs. Pas les malades. Non — ceux qui accusent de fraude.
Car la fraude, dans Malebolge, c'est l'abus de confiance. C'est le mensonge délibéré. C'est la falsification. Et qui a falsifié ? RTL, qui cite l'IWEPS sans que l'IWEPS confirme. Qui a menti ? Le montage 120:1 qui transforme une heure de nuance en 30 secondes de caricature. Qui a abusé de la confiance ? La chaîne de télévision qui a utilisé son antenne pour convaincre 410.860 personnes que les pauvres étaient coupables de leur pauvreté.
Bouchez disait : « Il faut aller plus loin en ce qui concerne les faux malades. Il y a des gens vraiment malades, qu'on doit aider, mais il y a des gens qui ne le sont pas. » Malebolge, fosse des semeurs de discorde. Combien de « vrais » et de « faux » malades ? L'INAMI lève 10-12% des incapacités après contrôle. Ce qui signifie que 88-90% sont confirmées. Le discours sur la fraude est lui-même la fraude.
« Dante a mis ici les flatteurs dans la merde — littéralement. Il a mis les devins avec la tête à l'envers. Il a mis les faussaires rongés par la gale. Dans la version belge, le faussaire principal s'appelle Deborsu et la gale s'appelle 39,1% de part de marché. »Le fond de l'enfer est glacé. Pas de feu ici — de la glace. Le lac de Cocyte, où les traîtres sont prisonniers jusqu'à la taille, jusqu'au cou, jusqu'aux yeux, entièrement submergés selon la gravité de leur trahison.
Le neuvième cercle de Dante avait quatre zones. Caïna pour les traîtres à la famille — comme un gouvernement qui trahit ses citoyens les plus vulnérables. Antenora pour les traîtres à la patrie — comme une coalition qui ignore un arrêt de sa propre Cour constitutionnelle (n°69/2023). Ptolomea pour les traîtres aux hôtes — comme un État qui supprime l'enveloppe bien-être de ceux qu'il est censé protéger. Judecca pour les traîtres aux bienfaiteurs — comme cinq partis qui trahissent le modèle social belge qui les a tous portés au pouvoir.
Le Conseil national du Travail a rendu un avis unanime. Les mutuelles ont alerté. Les médecins ont prévenu. Les académiques ont documenté. Tout le monde a dit non. L'Arizona a dit oui. 177 pages de coalition contre 100 ans de sécurité sociale. La Cocyte gèle.
Au centre de l'Enfer, Dante a trouvé Satan — un géant à trois têtes, prisonnier de la glace jusqu'à la poitrine, mâchant éternellement trois traîtres dans ses trois bouches : Judas, Brutus, Cassius.
Au centre de l'Enfer belge, le Système — une machine à trois bouches qui mâche éternellement trois catégories de citoyens :
Continuez.
L'Enfer, c'est la descente. Le Purgatoire, c'est la montée. Dante avait Virgile pour guide. Vous avez ce site, un dossier de 50 sources, et un collectif citoyen à 29 €/mois qui refuse de rester au fond.
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